Petit à petit, l’oiseau fait son nid (douillet)

Alors que j’écris cet article, la montagne me fait face. Grande baie vitrée avec vue sur les sommets enneigés. J’aime ce panorama et il me fait comprendre que j’ai ce besoin viscéral de me sentir bien là où j’habite afin de me sentir mieux dans mon corps et dans ma tête.

Nous n’avons néanmoins pas toujours la possibilité de quitter papa-maman pour aller s’installer seul, ou de trouver un appartement plus grand dans lequel on se sentirait moins à l’étroit. On ne choisit pas toujours la ville, le quartier… Mais s’il y a bien une chose que l’on choisit, c’est l’intérieur de ce petit lieu rien qu’à nous. Un peu de décoration, des objets qui nous tiennent à cœur… tout est possible !

Mais il s’agit d’un détail que j’avais omis lorsque j’ai intégré mon premier appartement. Mon premier pas a été d’emmener un peu de chez moi – le premier « chez moi » que j’ai connu, chez mes parents – dans mon nouveau chez moi. J’ai choisi de garder un plaid, tout doux, à placer sur mon lit. Le summum du coocooning à mes yeux, symbole de froides soirées où l’on se love dans un plaid, bouillote au pied et tisane à la main, tout en lisant un livre. Si l’on laisse de côté cet objet, j’ai toujours laissé mon espace de vie intact : peu ou pas d’agréments, une utilité réduite à l’essentiel – manger, dormir, prendre une douche, étudier. J’étais dans mon studio sans réellement y être. La décoration n’était pas mienne et je ne m’autorisais pas réellement à m’approprier ces quelques mètres carrés.

Depuis, j’ai compris qu’habiter cet espace, c’était également le rendre à mon image, qu’il devienne personnel. Y ajouter un peu de décoration, une trace de vie. Cela a commencé par un petit rien, mais qui m’a réellement aidée : le sacro-saint post-it. J’utilisais des post-it pour afficher des échéances importantes pour les cours, une couleur par semaine, pour ne rien oublier et m’organiser. Puis, j’en ai détourné l’utilisation : les post-it d’organisation sont devenus des post-it de motivation. J’ai littéralement créé un mur de post-it.

Et un mur de post-it, je vous assure que c’était difficile à cacher ! Alors au début, je disais beaucoup, tu fais attention quand tu rentres, ne regarde pas trop à ta gauche, ne pose pas trop de questions, lorsque j’osais inviter des amis (ou mes parents) chez moi. Et petit à petit, j’ai assumé ce pan de mur très, très, très (il manque un « très » encore, non ?) personnel. Ces post-it, c’était une citation par petit carré de papier. Un mot qui m’avait marqué, un mantra que j’appréciais… hop, directement sur le mur. Celui-ci s’est développé petit à petit. Des dizaines et des dizaines de post-it trônaient alors sur le mur principal de, euh, ma pièce principale-salon-chambre-bureau-salledebain… ah non, pas salle de bain ! (bonjour les appartements étudiants !)

Si je mentionne cela ici, c’est parce que depuis j’ai changé de ville, changé de studio, mais pas changé de post-it. J’ai décroché puis accroché à nouveau plus de 80 post-it motivateurs, que j’aime toujours autant relire lorsque le moral décline, ou simplement pour bien commencer la journée. Ceux-ci figurent désormais sur un pan de mur en face de mon lit – emplacement parfait pour en lire quelques-uns avant de fermer les yeux le soir !

Finalement, les mots qu’ils arborent me font sentir bien, me rassurent un tant soit peu. Et plus généralement, je suis persuadée que se sentir bien dans le lieu dans lequel on vit est indispensable. Aimer rentrer chez soi après une longue journée, retrouver un cocon que l’on aime, façonné à notre image. Les soirs d’hiver ou les week-ends peuvent s’avérer très longs si l’on y reste confiné… J’ai toujours eu espoir que mon appartement représente une bulle, en-dehors de tout, en-dehors du temps, où je pouvais enfin souffler. Cela est loin de toujours être le cas, et une jolie chambre, ou un studio bien décoré, n’empêchera jamais les maux de refaire surface.

Mais bien décidée à ne pas me résigner pour autant, j’ai lâché prise lorsque j’ai emménagé dans un appartement coup de cœur : couleurs chaleureuses, de bonnes ondes, une vraie cuisine et non plus une petite et minuscule kitchenette… Mais cet amour de la popote et de la pâtisserie, ça, c’est une autre histoire !

Revenons au scénario initial : je pose mes valises dans une ville que je n’aime pas trop encore, je n’ai jamais été aussi loin de ceux que j’aime et de mes repères. Et on m’offre une plante verte. Un peu de compagnie, à défaut d’avoir un chat angora dont il faudrait brosser les poils tous les soirs pour en ôter les nœuds. La plante verte a été le début d’une petite liste du lâcher-prise : petits tableaux ou toiles, mini-cactus, porte-revues, cartes ou bougies… J’ai cumulé les présents (et les cadeaux à moi-même, c’est important également !) qui donnent une âme à mon appartement.

J’espère au passage que vous aurez noté ces très belles rimes successives en « -ent »…

Moi qui ai du mal à m’autoriser à dépenser de l’argent pour de la décoration, moi qui me sens coupable d’acheter des objets « inutiles » (on ne peut donc pas faire de plus gros guillemets sur ordinateur ?!) pour me faire plaisir… J’ai pourtant personnalisé mon appartement !

Mais attention, spoiler alert

Tenez-vous prêts…

Et cela fait du bien !

Ce qui est magique, c’est que cela fonctionne pour n’importe quel type d’endroit, que vous viviez en famille ou dans votre propre logement. Il suffit d’un petit espace, d’un pan de mur, d’une étagère, pour que vous puissiez afficher, pendre, poser là un petit bout de vous. Pas besoin de dépenser des milliers, même le DIY fait l’affaire, avec la satisfaction d’avoir créé soi-même son propre objet de décoration ! Voire, une bougie, un tableau en liège ou une carte du monde peuvent faire figure de cadeaux de Noël ou d’anniversaire si vos proches sont en panne d’inspiration et que vous daignez leur répéter que vous « n’avez besoin de rien ».

Allez, si, on s’autorise ce plaisir d’ajouter un peu de gaieté supplémentaire dans son chez soi, pour déployer encore plus ses ailes. Petit à petit, l’oiseau fait son nid, dit-on. Et celui-ci sera douillet ou ne sera pas.

Anaïs Duée

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