Drôles de lunettes.

Je ne pesais que 38 kilos et je flottais dans mes jeans taille 16 ans, malgré tout je me trouvais encore trop grosse. Et c’était comme ça depuis bien deux ans et demi. Dès que je mangeais une miette de pain, un grain de riz ou tout autre aliment hors de ma « zone de confort » je me sentais grossir, enflée, explosée mais surtout ballonnée et culpabilisée. A chaque fois que j’avais l’occasion d’apercevoir mon reflet dans un miroir ou dans une vitrine, que se projetais mon ombre sur le sol je me voyais énorme alors que la balance m’affirmait tout le contraire. Mon corps me paraissait difforme. Je n’y comprenais plus rien.

Cette impression était tout aussi visuelle que sensorielle, si bien qu’un jour, après avoir fondu en larme devant mon miroir j’ai demandé à mes parents d’aller consulter chez un ophtalmo. Après tout, si je me voyais informe et gargantuesque c’était peut être parce que j’avais des problèmes de vue sans le savoir, pourquoi pas ?
Les tests passés, l’ophtalmo perplexe, se tourna vers mes parents et leur dit « Mais votre fille n’a aucun problème de vue, elle est même excellente; elle a 10,5 à chaque oeil ! Elle n’a aucunement besoin d’une paire de lunettes ! ». Mes parents, n’y comprenant plus rien non plus se trouvaient alors bêtes de m’avoir emmenée consulter. Je sortis dépitée. La main de l’anorexie m’oppressa encore un peu plus fort et je succomba de plus belle aux avances du bourreau.
Cela voudrait dire que puisque ma vue était plus que parfaite je pouvais me fier entièrement à la vision que j’avais de mon corps ? J’étais donc aussi énorme que ce que je me voyais.
Au bout d’une dizaine de jours je ne pesais plus que 36 kilos mais mon reflet restait immuable et je me pensais toujours aussi énorme. Puisque je me trouvais encore trop grosse et que c’était maintenant veridict plus aucune raison ne m’empêchait de maigrir.
Seulement, un jour où, pour la énième fois je n’étais pas allée en cours parce que j’étais devenue trop maigre pour me lever, j’ai trouvé sur la table de la cuisine les lunettes de mon père. Pas étonnant, il les perd tout le temps.

Puis, je me suis demandée de quoi j’aurais l’air si je portais des lunettes. Je les ai mises sur mes yeux et là ce fut un choc. L’effet loupe des lunettes rendait tout flou autour de moi, je me suis cassée la figure dans les escaliers de ma salle de bain parce que les marches paraissaient plus grosses que ce qu’elle n’étaient en réalité et impossible de percevoir mon visage dans la glace au dessus du lavabo.

La réponse était sous mes yeux, ou plutôt sur mes yeux ! Et si je n’avais pas besoin de lunettes parce que j’en portais déjà une paire mais qui était invisible à l’œil nu ? Et si l’anorexie était comme une paire de lunette qui m’empêchait de me voir comme j’étais ? Mais une paire de lunette non pas située sur mon nez mais dans mon cerveau, là où je ne pouvais la voir ? Et les verres de ces lunettes, en plus d’être comme des loupes, seraient aussi teintés ? Ce qui me ferait voir la vie de la même façon que quand on garde des lunettes de soleil alors qu’on passe dans un tunnel, autant vous dire que je ne voyais plus que la vie en noir ! C’est alors que je me suis convaincue que j’avais une image de mon corps qui était complètement faussée. Restait alors qu’à trouver comment les enlever, ces fichues lunettes ! Et même si la route de la guérison était encore longue et périlleuse, ce jour là, je venais de faire mon premier pas sur le chemin de la guérison.

Et vous ? Vous avez trouvé, comment les enlever ?

Justine

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